Moments clés
Janvier 2003, aéroport CDG.
C’est la fin des vacances de Noël. Je suis rentré la veille de Tignes où j’étais allé faire du ski avec des amis. Le voyage de retour avait été horrible. La neige avait bloqué la route de Bourg Saint Maurice, bilan quatre heures de retard. Le trajet en TGV n’avait pas été mieux, un bébé avait pleuré tout le voyage. Arrivé à la gare j’avais dû attendre une heure dans le froid un taxi.
Je viens d’arriver à Roissy et mon humeur ne s’améliore pas. L’enregistrement sent la galère, d’un simple coup d’œil je vois déjà les heures d’attente à l’aéroport se dessiner.
La neige bloque aussi les avions, je suis maudit. Après de si bonnes vacances il faut que le voyage de retour ressemble à un chemin de croix. Comme si ce n’était déjà pas assez dur de quitter ma famille et mes amis pour aller à l’autre bout du monde.
Les gens se pressent, l’avion de la veille a été annulé, il n’y aura pas de place pour tout le monde. Je dois prendre absolument ce vol, j’ai du travail urgent qui m’attend le lendemain matin. Après onze heures de vol ce n’est déjà pas une partie de plaisir, si en plus le voyage est galère, ça risque d’être particulièrement désagréable.
Moment clé. Je ne le sais pas encore.
N’avez vous jamais remarqué que dans les moments difficiles les êtres humains ont deux options : l’agressivité ou la coopération.
Autour de moi l’agressivité monte, ces gens pseudo-importants jouent des coudes et des cartes de fidélité. Comme toujours, j’adopte le parti de la patience énervée.
Ma voisine de queue m’aborde.
Elle :« Bonjour, vous allez à Maurice ? ».
Moi :« Oui ». ( quand on m’aborde, je suis toujours très laconique).
Elle :« Ca ne vous dérangerait pas de dire que vous faites parti de notre groupe, mon collègue a discuté avec un responsable qui lui a dit qu’il aurait de la place pour un groupe de quatre. Nous ne sommes que trois, nous cherchons quelqu’un. »
Moi : « Ok il n’y a pas de problème, je dois être au bureau demain matin, ça m’arrange »
Nous sympathisons.
Nous faisons bloc, nous obtenons des places. Un groupe c’est fort.
Direction le salon. Nous discutons. Ils sont à Maurice pour six mois et rentrent régulièrement en France…
Moment clé. Je ne vois rien venir.
Ma voisine soudain s’écrie : « Erwin ! »
Je me retourne et je le vois : grand, brun, un peu déguingandé, un large sourire traverse son visage éclairé par des yeux rieurs.
Il s’avance vers nous, ma voisine nous présente. Il a 29 ans, est belge et vit à Maurice depuis trois mois. Quelques mots et déjà je suis sous le charme. J’ai toujours craqué sur pour les accents étrangers, et les bruns en général.
Je comprends, enfin je ne suis pas sûr. Est ce conscient ou pas ? Je ne sais pas, enfin plutôt,ce que je sais, c’est que dois tenter ma chance. Ce moment est peut être l’occasion que j’attendais.
Mon cerveau s’emballe. Que dois je faire ? Comment ne pas déplaire ? Est il gay ? Je ne sais plus rien…
Je suis sauvé par mes automatismes sociaux. Je fais la conversation qu’on attend dans ses moments là…ces moments là pour eux, pas pour moi. Pour eux c’est un moment insignifiant, pour moi c’est peu être le tournant d’une vie.
Mon sens pratique me sauve et me fixe un objectif : son numéro de téléphone. Je dois l’avoir, il me le faut.
Moment clé.
Moi le timide, je le lui demande directement. C’est si simple finalement de demander un numéro de téléphone. Pour moi pourtant c’est une révolution.
Il me le donne et prend le mien. C’est si simple et banal d’échanger des numéros de téléphone.
Nous nous promettons de nous appeler pendant la semaine. Il part prendre son avion.
Déjà finalement nous partons dans une même direction.
Mais ça je ne le sais pas encore.
21/08/04 - 00:51
Si je n'ai pas de commentaire, je n'écris pas la suite !
bip76