J'écoute : mon coeur
Je regarde : au loin
Je lis : dans tes yeux
Je joue : au con
Je bois : tes lèvres
Je cite : Si j'étais sain d'esprit, ça se saurait
Je pense : trop
Je rêve : à demain
(mis à jour mercredi 13 juin 2007 à 17:16)

14/09/2004

14/09/04 - 09:31

Grave erreur (1)

Tomber amoureux au hasard, comme ça tout d’un coup, c’est tellement romantique. C’est bon, c’est fort, ça fait battre le cœur si violemment. Quel délice pour les sens, quel délice pour l’esprit ! Le coup de foudre, ce n’est pas qu’un penchant naturel, c’est aussi un acquis culturel. Combien de fois dans notre vie avons nous croisé des hymnes à ce moment magique ? Le cinéma, la littérature, tout encense ce moment exceptionnel, si rare, si violent, si incompréhensible. Forcément quand au détour d’un chemin on croise le coup de foudre, on pense au destin, on croit voir la marque de dieu et moi j’ai cru voir la marque de dieu.
Je ne crois plus en dieu, pourtant j’ai été très croyant. J’ai cru au destin, je ris devant un horoscope. La vie m’a appris à ne plus voir de signe là où ne réside que le hasard. Certains croient aux étoiles, aux lignes de la main et autres signes du destin ou de dieu, moi je croyais au coup de foudre. Je n’y crois plus.
J’ai vécu ce moment sublime, deux fois. Deux fois mon cœur a joué la chamade, deux fois le destin semblait tout tracé, deux fois j’ai vu des augures dans les nœuds des coïncidences. Qu’il est rassurant et doux de se dire que le destin vous apporte le bonheur sur un plateau si on est capable de se montrer à la hauteur du défi. J’ai joué ma chance, de tout mon cœur et je n’ai découvert qu’avec amertume la folie de cette idée.
La première fois, ah la première fois ! Je viens de boucler mon inscription à Lille, mon père me tend un papier, un nom est inscrit dessus : Sébastien. Sébastien est le fils d’un ami de mon oncle, il ira dans la même école que moi. Je me dis « comme si j’allais voir à la rentrée ce gars que je ne connais tout simplement parce que son père connaît mon oncle ! »Absurde.
C’est la rentrée, je découvre mes camarades de promotion, nous sommes trois cents, le nom est oublié, mon cercle de copain se forme au gré des hasards. Dans l’amphithéâtre, je regarde les beaux garçons, pas si nombreux…mais je le vois, lui ce beau brun ténébreux. Il est beau, très beau, d’emblée je le trouve antipathique. Il a l’air si hautain, quelque chose en lui m’inspire la méchanceté. L’année commence à s écouler en douceur, je croise parfois ce beau brun, que je trouve de plus en plus beau et de moins en moins antipathique. La beauté arrive souvent à triompher des alertes de l’esprit. Lors d’un TD je finis par apprendre son nom…Sébastien…Je ne l’ai pas abordé avant, pourquoi maintenant ? C’est absurde. J’oublie le beau brun, enfin presque, je me contente parfois de le regarder de loin.
La vie étudiante suis son cours, je drague Clémence. Elle a un copain. C’est la dernière fille que je draguerai. Heureusement je sort, après une année de prépa, il est temps de s’amuser un peu. Et ce soir nous allons boire un pot dans le vieux Lille. Je marche joyeux avec mes copains et là je le croise. Je n’oublierai jamais ce moment. Un regard, il lui a suffit d’un regard. Je n’avais jamais parlé à Sébastien, je ne l’avais même jamais approché. Ce soir là je l’ai croisé, nous nous sommes parlés :
- Salut tu dois être Jean-Philippe ?
- Oui et toi Sébastien ?
Un regard, une phrase et je lui appartiens corps et âme. J’ai été foudroyé, le mot est juste, pas pour la forme, séché sur place. Il a suffit d’un regard de ses yeux noirs, qui vous transpercent jusqu’à l’âme. Il est violemment beau avec ses cheveux en bataille et son petit air rebel.
- Ah je vois qu’on nous a passé le mot !
- Tu fais quoi là, on va boire un pot, tu veux venir avec nous ?
- Non, je rentre d’un concert de rock, là je suis crevé. A plus.
Au diable ce concert, il t’a donné cet air sauvage si irrésistible, mais au diable ce concert qui me prive déjà de toi.
Ah Sébastien, comme ce moment je l’ai revécu, je l’ai vécu sur quatre ans. Quatre ans je t’ai aimé comme un fou. Fou, là encore est le mot juste, amour déraisonné, passionnel, absurde. Pourquoi aimer quand il n’y a pas d’espoir ? Parce que l’amour crée cet espoir totalement infondé, ne reposant que sur des bribes de vie qu’il transforme pour lui plaire. J’ai vécu dans un autre monde, un mode torturé, un monde où je me torturais sans arriver à sortir de ce terrible et doux supplice. J’ai côtoyé Sébastien, je l’ai aimé en cachette, de moins en moins caché, il s’est finalement aperçu, en partie inconsciemment de l’amour que je lui portais. Etre aimé, il savait ce que c’était, du moins il en connaissait les aspects extérieurs, dont parfois il abusait. Ne vous méprenez pas sur son compte, il n’était pas méchant, je n’ai pas de reproche à lui faire. Il était trop aimé, c’est tout.
Je l’aimais à la folie, pathologiquement. Il était ma drogue. J’avais besoin de mes doses de Sébastien, toujours plus rapprochées, toujours plus fortes. Cela m’obsédait, cela me faisait souffrir. Pour un moment de bonheur que je lui arrachais, je souffrais tous les diables. Je me rappelle de cette période de ma vie comme de la pire. Ironie du sort, elle était censée être la plus belle, la plus insouciante. Je me souviens aussi de lui, de ses beaux yeux noirs, de son corps, de son odeur, de sa voix, de ses gestes. Je me souviens de ces moments précieux qui m’ont presque détruit.

commentaires

14/09/04 - 09:48

C'est beau (oui, je sais, c'est niais de dire cela, mais je le dis quand même).

En plus, ça me rappelle des trucs.

14/09/04 - 10:41

Un amour non réciproque est sans doute la chose la plus pure et la plus désespérée qui puisse être.
Il faut avoir vécu ça au moins une fois, je pense.

14/09/04 - 12:01

Euh, le vivre au moins une fois, OK, mais pas plus d'un mois ! :-/

14/09/04 - 12:02

C'est très beau. A l'heure où je m'acharne à renier ces émois de ma jeunesse, je retrouve dans ce que tu dis tout ce qu'ils avaient de merveilleux..

14/09/04 - 18:03

Je prends le risque d'être accusé de plagiat, mais c'est beau.

Les commentaires sont automatiquement fermés aux visiteurs au bout de trente jours.

 

Indice TTD : 70% rising L Index : 10% falling

CE BLOG EST UN ESPACE PUBLIC. N'EN CONCLUEZ SURTOUT PAS QUE MA VIE EST UN ESPACE PUBLIC

ATTENTION VOUS ETES FILMES !

http://www.boursorama.com http://www.lefigaro.fr/ http://www.operadeparis.fr/