Quand tout s'arrête
Juillet 1996
Les résultats sont tombés.
Je ne suis pas admis à HEC.
Je ne crois plus en ma bonne étoile. J'y ai cru dûr comme fer jusqu'à ce jour de juillet. Pour moi elle existait, c'était évident. Je me sentais un côté exceptionnel, je ne pouvais pas échouer.
Certains se diront que c'est stupide de jouer sa vie sur un simple concours. C'est vrai, le pari etait idiot.
"Dieu si tu existes, je te fais la proposition suivante : je rennonce à ma bonne étoile qui a toujours fait que j'ai cru en moi si tu me permets d'être aimé de Laurent."
Laurent a été admis à HEC, pas moi. Ironie du sort, il s'éloigne de moi par ce à quoi j'etais prêt à renoncer pour lui.
Avec le recul tout ceci paraît enfantin...cela ne l'etait pas du tout. Ce jour a marqué une rupture très nette dans ma vie, une rupture qui a brisé mon esprit.
Jusque là je réfléchissais beaucoup, je voulais comprendre, tout m'intéressait.
Ce jour a tout arrêté.
Je suis parti sur la route derrière la maison, j'avais décidé d'en finir. Ma vie n'avait plus de sens.
Mon esprit etait brisé, mon coeur aussi.
Je me préparais à mourir, je sentais la délivrance à cette déchirure approcher. Il fallait que je le fasse, plus rien de bon ne pouvais m'arriver.
Mon père avait compris. Il m'a retrouvé sur la route et m'a dit de rentrer à la maison. Par ces simples mots il m'a interdit la mort. Il m'a forcé à vivre, pour moi, pour eux surtout. Ma vie ne m'a plus appartenu depuis ces mots.
Je crois que je n'ai jamais pardonné à mon père de me l'avoir mise sous séquestre ce jour là.
Depuis je ne suis plus complètement moi. Je ne crois plus vraiment en moi.
Mon cerveau continue à tourner certes, mais il n'est plus que l'ombre de lui-même. Il n'a plus le goût du savoir. Il apprend par nécessité, il réfléchit par habitude.
Souvent avant je le sentais qui bouillonait, maintenant il paresse et ne se remet vraiment en branle que pour me dire qu'il souffre.
Juillet 1996...tout à changé.
Je me suis apperçu d'une chose ce soir. J'ai pensé à mes lectures. Avant cette date j'aimais les livres qui me faisaient réfléchir, depuis je n'aime plus que ce qui me distrait. Les livres de Nothomb en sont un exemple je crois. J'aime le jeu de ses livres, mais au final ils ne m'apportent rien d'autre qu'un plaisir passager. Je sorts indemme de la lecture de ces jeux de mots.
1996 ... Plus de huit ans que mon cerveau cherche ce qui s'est cassé en lui.
Quand à mon coeur, c'est encore une autre histoire.
29/11/04 - 03:27
J'ai dû affronter une remise en question similaire, il y a six ans.
Mais la vie continue, tu sais.
Tu ne vis peut-être ta vie que pour tes parents, mais il s'en faudrait d'un rien pour que tu la vives pour d'autres personnes en plus.
Tu as été déçu, tu aurais voulu un avenir différent.
Mais le passé est le passé.
Le goût des choses te reviendra peut-être lorsque tu t'en seras rendu compte.
pyram